
Les centres commerciaux ne m’ont jamais réussi. Je déteste ces endroits – et je crois que c’est réciproque.
L’autre jour, nous avions décidé, Sara et moi, d’acheter un nouveau four, pour changer le tas de merde rouillé et grillé que nous avait laissé le proprio. Nous sommes donc allés, en voiture, dans l’une de ces cathédrales où l’espoir se monnaye avec une carte VISA. Carrefour, porte de Montreuil.
Je crois que je pourrais facilement compter le nombre de fois où j’ai mis les pieds dans de tels endroits – comme je pourrais compter le nombre de fois où je me suis fait casser la gueule. Des moments de ma vie dont je ne suis pas très fier.
L’épisode le plus marquant de cette expérience déplorable fut mon passage aux toilettes. J’avais bu 2 ou 3 bières avant de prendre la voiture, et j’avais envie de pisser.
C’est dans le couloir qui menait aux chiottes que j’ai commencé à entendre gueuler.
Une voix d’homme : « T’es qu’une pute. »
Une voix de femme : « Casse toi, pauv’ con. »
L’homme : « J’vais vraiment t’casser la gueule à toi, sale pute. »
La femme : « Essaye un peu, p’tit con. »
Devant les toilettes des hommes, une grosse femme Noire, en blouse bleue, tenait un balais-serpillière au dessus de la tête, comme une batte de base-ball. Un grand type portant un blouson de cuir noir menaçait la femme du poing.
L’homme : « Putain, mais t’es vraiment qu’une chienne. »
La femme : « Et moi, j’vais t’boter l’cul, p’tit merdeux. »
Je traversai le pugilat en baissant la tête, à la recherche des pissotières. Il n’y en avait pas. Les toilettes étaient payantes. Je cherchai une pièce de 20 centimes dans mes poches, mais n’y trouvai qu’une pièce d’un euro. Je demandai à la grosse femme en blouse bleue si elle voulais bien me faire la monnaie. Elle fouilla dans une petite caisse métallique, sans jamais quitter l’homme en blouson noir des yeux et sans lâcher son balais. Elle me tendis les pièces sans m’adresser le moindre regard. Je la remerciai. Depuis les toilettes, j’entendais toujours les voix.
L’homme : « Salope. »
Un autre homme : « C’est quoi l’embrouille ? »
L’homme : « J’avais envie d’aller aux toilettes, tu vois, pour faire pipi… Euh… J’voulais juste pisser, quoi, et j’ai pas d’argent, et la porte elle était ouverte, et j’voulais rentrer, tu vois, juste pour pisser, et cette pute elle me dit qu’i’faut qu’j’paye. Et moi ça m’énerve, tu vois. »
La femme : « Tout l’monde paye pour aller aux toilettes. Pourquoi qu’tu paierais pas, toi, hein ? »
L’homme : « Putain, mais j’vais t’défoncer ta tête à toi. Moi j’en rien à foutre que t’est une femme, j’te défonce quand même, moi. »
La femme : « Essaye un peu, espèce de pédé. »
L’homme : « Quoi, moi, pédé ? Eh, tu sais quoi, toi ta place elle est en Afrique, sale Noire. »
La femme : « C’est ça, allez, casse-toi, connard de Blanc. »
Le flot d’insulte se noya un instant dans le bruit de la chasse d’eau. Puis je sortis des toilettes et retrouvai Sara qui regardait des lunettes de soleil dans une vitrine. Nous allâmes acheter le four, en silence. Je me sentais idiot et aussi triste d’être dans un tel endroit, le jour de son anniversaire.
wild beasts – brave bulging buoyant clairvoyants
lesbians on ecstasy – superdyke! (live)
duchess says – black flag {juan maclean remix}
white williams – fleetwood crack
blood red shoes – it’s getting boring by the sea
oh no!! oh my!! – skip the foreplay
i love you but i’ve chosen darkness – if it was me
Photo: Denis Darzacq
